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    <title>Le livre à 1000 voix</title>
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      <title>Jacques Perrin</title>
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      <pubDate>Tue, 30 Jun 2009 22:41:18 +0200</pubDate>
      <description>&lt;a href=&quot;http://www.hommevolant.fr/hommevolant/Le_livre/Entr%C3%A9es/2009/6/30_Jacques_Perrin_files/jacques-perrin.jpg&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.hommevolant.fr/hommevolant/Le_livre/Media/object064.jpg&quot; style=&quot;float:left; padding-right:10px; padding-bottom:10px; width:155px; height:116px;&quot;/&gt;&lt;/a&gt;Du haut de l’Himalaya, à la poursuite des oiseaux migrateurs, aux évocations de sonorités cubaines, au porteur de rêves et de défis insensés, à l’homme que j’appréciais et aimais, inventeur de nouvelles technologies issues d’un flamboyant imaginaire, je vous adresse toutes mes pensées solidaires, affectueuses.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;</description>
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      <title>Catherine Mouligné-Galan</title>
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      <pubDate>Tue, 30 Jun 2009 22:27:49 +0200</pubDate>
      <description>&lt;a href=&quot;http://www.hommevolant.fr/hommevolant/Le_livre/Entr%C3%A9es/2009/6/30_Catherine_Moulign%C3%A9-Galan_files/cat,jmm.jpg&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.hommevolant.fr/hommevolant/Le_livre/Media/object003_1.jpg&quot; style=&quot;float:left; padding-right:10px; padding-bottom:10px; width:155px; height:116px;&quot;/&gt;&lt;/a&gt;Depuis toute petite, Jean-Marc me fascinait. A sa mort j’ai compris la vraie place qu’il occupait dans la vie des gens : il avait réussi le tour de force de donner à chacun de nous le sentiment d’avoir eu une relation privilégiée avec lui.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Il était surdimensionné en tout. Taille, rire, énergie, rêves, manque de peurs, sang froid dans les situations les plus scabreuses, illusions en amour, goût de la nouveauté, sensibilité, susceptibilité, mémoire hors du commun, générosité, romantisme, orgueil démesuré, esprit de contradiction, délicatesse, disponibilité… il avait toutes ces caractéristiques au maximum.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Il n’avait aucune limite à part celles imposées par sa timidité, et particulièrement auprès des filles. Les années passées au collège religieux St Martin de France lui avaient volé son adolescence, et il en avait gardé une vraie gêne de ce corps si grand et si mince, ainsi qu’une haine absolue de la religion sous toutes ses formes. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Jean-Marc n’était pas vraiment un sportif, dans le sens où on l’entend habituellement. Les sports ordinaires l’enmerdaient totalement car il cherchait le dépassement avant tout : spéléo (uniquement pour trouver des trésors et des souterrains), voile (à condition de faire le tour du globe), delta, parapente, base jump…  &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Aventures, drogues, effets spéciaux, alimentation et j’en passe, il essayait tout et faisait tout essayer à tout le monde sans à priori et sans aucune inhibition… il lui était naturel de faire partager les expériences, les plus extrêmes comme les plus intimes. Il était un Initiateur. Ramener du yopo d’Amazonie et en souffler dans les narines de tout son entourage... Faire voler en parapente les créatures les plus improbables, nous faire râcler le fond du Verdon en canyoning... il prenait des risques fous et nous en faisait prendre aussi, mais ça passait toujours, parfois in extremis. Il m’a bien entendu fait fumer mes premiers joints, sniffer mes premiers et derniers rails, manger mes premières fourmis rouges et mon premier tapir, tagger des murs, grimper en haut de la colonne de la Bastille... j’en ai fait des conneries avec Jean-Marc, la liste serait longue !… J’avais une confiance aveugle en lui. Dans la famille, il était bien sûr considéré comme « original » mais adoré et respecté comme tel, depuis toujours.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    En 91 j’allais d’ailleurs réaliser mon premier vol en parapente avec lui quand il a failli se tuer sous mes yeux (du coup j’ai opté pour un traditionnel stage UCPA). Ce jour-là il voulait décoller malgré un vent arrière évident. Quand il avait une idée dans le crâne rien ni personne ne pouvait le faire changer d’avis. Au contraire, il prenait soudain le truc pour un défi, une lueur inquiétante s’allumait dans ses yeux et il fonçait tête baissée. Il a donc profité d’un semblant de vent de face pendant quelques secondes pour se lancer dans la pente. Il n’a pas tardé à se retrouver brassé en plein dans le rouleau, la voile à demi-fermée, et gigotant dessous pour essayer de la rouvrir. Il est tombé comme une pierre au-delà de notre champ de vision. Nous l’avons cru mort mais grâce à un providentiel vent de pente à 5 mètres du sol, son aile s’est rouverte et il a pu atterrir sans une égratignure. Ce n’était pas la première fois qu’il manquait de se tuer et il est ressorti comme d’habitude enchanté de cet épisode. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Cette décontraction face à la mort m’épatait énormément. Et il aimait bien épater avec cela. Chaque fois qu’il échappait à la mort, il le racontait à qui voulait l’entendre et on sentait qu’il était heureux d’apporter une nouvelle pierre à sa légende. Il tenait beaucoup à vivre une vie de roman à la Henri de Monfreid. Je me rends compte maintenant qu’il ne se forçait pas, il ne pouvait pas faire autrement. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Après son expérience avec le Cirque de Paris, il est venu s’installer à Chateaudouble, à 5 Km de la maison familiale pour monter sa Manufacture d’orgues de Barbarie. Je ne sais pas trop comment lui est venu l’idée de monter un numéro de lanceur de couteaux, et de me prendre comme cible. J’avais 15 ans et j’étais ravie de cette idée. Il m’a trouvé une belle robe ancienne de théâtre avec des grosses fleurs, lui s’est dégotté un costume de bandit élégant. &lt;br/&gt;    Lors de notre première représentation, lors d’un festival à Manosque, j’ai fait tourner un chapeau pour ramasser quelque argent, des gens m’ont glissé des pièces dans la main en disant « gardez le pour vous, ma petite, ne le lui donnez pas... » son rôle de méchant avait abusé quelques vieilles dames. Nous avons fait une fortune ce jour-là.&lt;br/&gt;    Nous nous sommes produits une demi-douzaine de fois devant du public ; il s’entraînait de façon minimaliste 1 ou 2 h auparavant. Je suis contente qu’on ne l’aie pas fait plus souvent parce que vu son niveau, j’aurais sans aucun doute fini par me prendre un couteau.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    L’amour le jetait dans des abîmes de désespoir ou l’emportait au-delà des cimes. &lt;br/&gt;   Lorsqu’il a voulu se marier avec une jeune femme qu’il venait de rencontrer à Cuba, cela nous a paru tellement dingue qu’on a tous essayé, avec notre gros bon sens, de l’en dissuader.&lt;br/&gt;    Je lui disais «je suis d’accord avec toi, la différence d’âge n’est pas un très gros problème, tu as 52 ans et elle 19, ce n’est pas si grave... ce n’est pas un énorme problème non plus si vous n’avez aucun point commun et que vous n’êtes pas de la même culture, elle est cubaine, n’a pas fait d’études, c’est pas grave quand on s’aime ! bon, les deux ensemble ça commence à faire beaucoup, mais soit, l’amour peut triompher de tout ! mais putain là où je n’y crois plus du tout, c’est quand tu me dis que tu ne la connais que depuis 3 semaines !!! » &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Et pourtant il avait fini par me convaincre, une fois de plus, que CE COUP-CI, ça allait marcher. Il en avait profité pour développer une théorie sur-mesure : quand tous les paramètres sont à l’envers de ce qu’il faudrait, les forces négatives s’annulent, et hop ça marche. Deux ans plus tard, quand la bulle dans laquelle il vivait a éclaté, il a souffert comme jamais et s’est terré comme une bête blessée. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Le base-jump l’a sauvé de la dépression totale au moment de cette séparation. Il avait énormément de respect et de tendresse pour les gens qu’il a rencontré dans ce milieu. Ils sont devenus sa nouvelle famille, et il ne parlait plus que de ça. Tous les autres sports lui ont paru fades à côté de celui-là. Lui qui ne se passionnait guère pour les gens menant une « vie ordinaire » s’en est désintéressé encore plus.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Il avait un rapport étonnant à la souffrance et à la mort. Je n’ai d’ailleurs jamais rencontré quiconque d’aussi résistant à la douleur. Sa mort, même si elle n’était pas programmée aussi tôt, devait être celle-là, il l’avait dit. Il n’avait aucunement l’intention de devenir vieux, ou gâteux un jour. À la mort de notre mère (qu’il aimait beaucoup), 8 mois jour pour jour avant la sienne, je sais qu’il aurait été capable de l’étouffer sous un oreiller pour abréger ses souffrances. Il ne l’aurait pas fait de gaieté de cœur, mais il l’aurait fait, je n’ai aucun doute là-dessus. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Créer le Cercle de l’Homme Volant, parler de lui, prolonger sa mémoire avec le Prix Jean-Marc Mouligné et la collecte de parapentes pour les pilotes cubains, rassembler ses amis lors des soirées à Romainville ou pendant la Coupe Icare, tout cela m’a personnellement beaucoup aidé à surmonter la détresse qui m’a envahie après sa mort. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Deux ans après, une des choses qui me frappe, c’est l’exigence que beaucoup de ses proches ont mis dans leur vie depuis sa disparition. Il plane un parfum d’absolu et d’urgence sur nos existences qu’il n’y avait pas avant. J’ai le sentiment que d’une certaine façon, il est de ce fait encore bien vivant.&lt;br/&gt;</description>
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      <title>Dominique Agrinier</title>
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      <pubDate>Tue, 30 Jun 2009 21:33:21 +0200</pubDate>
      <description>&lt;a href=&quot;http://www.hommevolant.fr/hommevolant/Le_livre/Entr%C3%A9es/2009/6/30_Dominique_Agrinier_files/Ponette.jpg&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.hommevolant.fr/hommevolant/Le_livre/Media/object076_1.jpg&quot; style=&quot;float:left; padding-right:10px; padding-bottom:10px; width:155px; height:116px;&quot;/&gt;&lt;/a&gt;« Un partout »&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Jean Marc était mon frère. Il nous a souvent entraînés dans des aventures dont nous ne mesurions pas toujours les risques ou la difficulté. &lt;br/&gt;    Il suffisait qu'il dise « j'ai une idée », pour que nous nous retrouvions à risquer notre vie, manger des trucs ignobles ou faire des expériences dont nos parents ne sauraient jamais rien .&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    A la fin des années 70, le Verdon était loin d'être aussi fréquenté qu'aujourd'hui. Jean marc avait décidé de nous emmener le descendre à la nage. Après des heures de marche au plomb du soleil, chargés comme des mules, nous nous sommes mis à l'eau (10 degrés, pas un de plus). Le but du jeu était d’essayer tant bien que mal d'éviter les rochers et les tourbillons qui se forment autour. Tout se passe bien jusqu’à ce qu’au détour d’un passage plus dangereux que les autres, je me sente soudain aspirée, inexorablement, et plaquée sous une dalle. Presque résignée, je comprend que je vais me noyer. Et puis soudain Jean-Marc apparaît; je sais que c'est lui sans même le voir. Il me dégage du siphon et me remonte à la surface. Tout ce dont je me rappelle ensuite, c'est le retour à la voiture...&lt;br/&gt;    Il était évident qu'il m'avait sauvé la vie. Je crois qu’il ne se sentait pas héroïque, mais plutôt honoré d'en avoir eu l'occasion...&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Quelques mois plus tard, après avoir inventé le canyoning, il se passionne pour la spéléologie. A la recherche du souterrain - dont l’existence reste encore à prouver - qui relie les deux châteaux (dont l’un à complètement disparu, il n’y avait que lui qui le devinait encore) de Chateaudouble (83), il décide d'aller explorer une faille qui lui semble prometteuse. Peut-être ma claustrophobie m'a t-elle conduit à le mettre en garde contre les dangers de ces explorations solitaires, toujours est-il qu’il m'appelle pour me dire où se trouve exactement la faille, ce qu’il ne faisait pas d’ordinaire. En fin d'après-midi alors qu’il était parti depuis des heures, toujours pas de nouvelles de lui. Mon père et moi-même décidons d'aller y voir de plus près, repérons le trou dans le sol, à l’entrée duquel une écharpe sert de repère. Aucun signe de vie. Très inquiets, nous finissons par appeler les secours.&lt;br/&gt;    Les pompiers arrivent, descendent dans le trou et au bout d'un temps qui parait infini, remontent et annoncent qu'ils l'ont trouvé. Il a tenté de se faufiler dans un passage trop étroit en rampant sur le dos, un roc s’est détaché et pèse sur lui, tout menace de s'ébouler… il faut des spécialistes pour le tirer de là; au bout de plusieurs heures de patient travail ce sont les spéléos secours qui y réussissent. Belle sortie à la lumière des projecteurs, sous les applaudissements de la petite foule qui s'était rassemblée pour attendre. &lt;br/&gt;    Epinglé comme un insecte sur le dos, à soixante mètres sous terre, dans le noir et pendant des heures, il est resté serein, persuadé qu'on allait venir le chercher, puisque je savais où le trouver. Il nous a avoué que dans cette position de vulnérabilité totale et de grand danger, l’idée de s’adresser à Dieu lui avait traversé l’esprit… puis il avait hurlé quelque chose comme «non, je ne te demanderai rien, connard !»... &lt;br/&gt;La 1ère chose qu'il m'a dite en sortant, c'est : « un partout ! ce coup là c'est toi qui m'a sauvé la vie ». Je n'avais pas le sentiment d'avoir fait grand-chose mais ça lui plaisait comme ça, c'était sa façon à lui de me dire que je ne lui devais rien ...&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;« Naissance d’une conscience politique »&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Quand j'étais petite, je grimpais souvent aux arbres, très probablement pour me mettre à l'abri de 3 grands frères à l'imagination fertile en matière de persécutions !&lt;br/&gt;   Un jour, j’étais montée plus haut que d'habitude, impossible de redescendre, le blocage total. Accrochée à une branche et tétanisée par le vertige, je m'époumone pour qu'on me vienne en aide. Au lieu de mon père que j'espérais, c'est Jean Marc qui se présente et tente dans un premier temps de me raisonner. Peine perdue… il décide alors de me rejoindre et au lieu de chercher à tout prix à me faire descendre, il s'assoie à côté de moi et me parle, me parle, pour détourner mon attention. Il me parle d'un sujet qui le passionne : la politique. On est en mai 68, je comprend tout ce qu'il me dit, et sans même m'en rendre compte, je suis en bas. J'ai 10 ans et je suis devenue maoïste...&lt;br/&gt;</description>
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      <title>Jean-Marc Galan</title>
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      <pubDate>Tue, 30 Jun 2009 21:18:14 +0200</pubDate>
      <description>&lt;a href=&quot;http://www.hommevolant.fr/hommevolant/Le_livre/Entr%C3%A9es/2009/6/30_Jean-Marc_Galan_files/les-deux-JM.jpg&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.hommevolant.fr/hommevolant/Le_livre/Media/object077_1.jpg&quot; style=&quot;float:left; padding-right:10px; padding-bottom:10px; width:154px; height:116px;&quot;/&gt;&lt;/a&gt;1.	Rencontre avec la famille Mouligné. Pas des gens ordinaires, je suis bluffé. Clef de voûte aussi emblématique que mystérieuse : JMM.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;	1.	Me voilà devenu son beau-frère, dans la famille on m’appelle « l’autre Jean-Marc ». En fait c’est lui « l’autre JM », pas moi bien sûr ! Je ne sais vraiment pas quoi penser de ce géant filiforme et tonitruant. Génie mécanique certes, piètre biznessman à coup sûr, curieux de tout, OK. Voilà tout ce dont je suis sûr. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Pour le reste je patauge, il semble tout et son contraire : autodidacte loufoque ou puits de savoir ? Touriste sexuel ou indécrottable romantique ? Truculent pornographe ou érotomane névrosé ?  Egocentrique bouffi d’orgueil ou généreux initiateur ? Echalas empêtré dans son corps ou sportif de l’extrême? Grand sage ou adolescent attardé ??...&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Je rame, je crois entrevoir tour à tour chacune de ces facettes, un vrai Janus sur pattes mon beau-frère. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;	1.	JMM se tue avant que je n’y voie plus clair. Je suis triste. Le Cercle de l’Homme Volant voit le jour. J’aide à fabriquer le site web et je découvre JMM à travers sa biographie. Une deuxième rencontre avec « l’autre JM » pour moi. Son rapport au risque me fascine. Il prend à rebours le sens commun. Tout ce qui est risqué pour nous terriens ne l’est pas pour lui et réciproquement. Base-jump ? Spéléo ? Parapente ? Butinage affectif ? Instabilité professionnelle ? Pas risqué pour mon beauf. Un seul risque semble le terrifier : avoir une vie « ordinaire ».&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Voilà qui donne un étrange pouvoir à sa bio : l’irrésistible envie de revisiter sa propre vie à la lueur de celle de « l’autre JM ». Le couperet tombe vite : je ne connais pas de vie qui sorte avantageusement de la comparaison avec la sienne, la mienne y compris évidemment…&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Passé ce morne constat je me dis que personne ne pourrait vivre sa vie à lui (qui le voudrait ?!) par contre tout le monde peut mettre du JMM dans son moteur. Je m’y emploie depuis avec délice, une rasade par ici, une pincée par là. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;A essayer d’urgence ! Quel sentiment de liberté ! Jouissif ! Grisant ! Merci de nous avoir laissé ce pur trésor.&lt;br/&gt;</description>
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      <title>Bernard Vezat</title>
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      <pubDate>Mon, 11 Feb 2008 15:29:56 +0100</pubDate>
      <description>&lt;a href=&quot;http://www.hommevolant.fr/hommevolant/Le_livre/Entr%C3%A9es/2008/2/11_Bernard_Vezat_files/B.Vezat.jpg&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.hommevolant.fr/hommevolant/Le_livre/Media/object005_1.jpg&quot; style=&quot;float:left; padding-right:10px; padding-bottom:10px; width:154px; height:116px;&quot;/&gt;&lt;/a&gt;« Si ta vie s’endort, habille la de grands manteaux d’incendie »...&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Jean-Marc tu étais pour moi l’incendie, avec ce grand rire, ces grandes enjambées d’oiseau et ce regard amoureux que tu portais sur ce monde qui n’épargne pourtant pas les cœurs purs. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Tu étais diable aussi… sûrement un de ces anges rebelles précipités par le grand barbu dans les profondeurs de l’enfer… mais toi tu savais voler et un virage savant t’a ramené vers nous et avec nous tu as voulu mener une vie d’humain. Ta vie d’humain mon Jean-Marc, a été un cadeau pour nous… jusqu’à tes farces pyrotechniques où tes doigts entourés de pansements nous ont toujours fait des signes d’amitié. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Tu es parti en fumée mon Jean-Marc, comme ces pétards que tu roulais avec une application émouvante, parti accompagné de tes sœurs, de ton frère et de quelques amis autour de ton rêve d’amitié partagée… et toujours vivante. Toutes et tous unis contre le chagrin.&lt;br/&gt;     Qui pourra raconter les mécaniques célestes qui tournaient inlassablement dans cette tête d’éternel adolescent ; qui dira les musiques, le grand dragon brodé, les étranges chausses de dromadaire qui parcouraient le monde; qui chantera tes voyages d’où tu revenais, roi mage de ce grand cirque avec cette poudre feu d’artifice et ce diamant sauteur qui s’est perdu à jamais dans la moquette du bureau déco…&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Je rêve que tu arrives d’un de ces périples, le regard animé du plaisir de se retrouver, avec en plus cette étrange fièvre… Je t’attend mon Jean-Marc, ne nous fait pas trop languir.&lt;br/&gt;</description>
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      <title>Stéphanie Olivar</title>
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      <pubDate>Fri, 8 Feb 2008 23:43:34 +0100</pubDate>
      <description>&lt;a href=&quot;http://www.hommevolant.fr/hommevolant/Le_livre/Entr%C3%A9es/2008/2/8_St%C3%A9phanie_Olivar_files/stephanie.jpg&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.hommevolant.fr/hommevolant/Le_livre/Media/object004_1.jpg&quot; style=&quot;float:left; padding-right:10px; padding-bottom:10px; width:154px; height:116px;&quot;/&gt;&lt;/a&gt;J'ai cherché au fond de moi l'energie pour écrire des mots qui ne soient pas juste centrés sur mon inconsolable tristesse.&lt;br/&gt;Je vais essayer d'écrire en pensant fort à tous ces innombrables fou-rires et moments de bonheur que j'ai eu avec Jean-Marc. Jean-Marc, qui était pour moi un grand frère, un ami très cher parmi ceux que l'on compte sur les doigts d'une main.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;J'étais passé à l’atelier avec ma fille (Jyoti, 6 ans) qui aime aussi beaucoup Jean-Marc et est très fière de lui montrer qu'elle aussi sait fabriquer des catapultes avec ses copines à la cantine. Il a rigolé quand elle lui a montré ce qu'elle faisait avec sa cuillère. Et il lui a dit que oui c'était tout simple et que c'était exactement ça.&lt;br/&gt;Ce jour où on était passées à l'atelier, elle était venue avec moi le voir car elle avait une demande très spéciale. Elle lui a dit &amp;quot; est-ce tu pourrais me fabriquer une machine à remonter le temps ?&amp;quot; et il lui a répondu &amp;quot;Ah, ben,oui, d'accord, il n'y rien de plus simple...&amp;quot; et il a rigolé... Puis pendant que l'on discutait il lui a prêté un de ces nombreux jouets, un roulement de boite de vitesse, je crois !&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Jean-marc portait en lui une magie que les enfants comprenaient très vite. Et les grands aussi d'ailleurs. C'est vrai, je me souviens du boulevard Davout et de la première fois où j'y suis venue; il m'a montré tous ses &amp;quot;jouets&amp;quot;! La barque de son enfance dans le salon, son trampoline de plusieurs mètres de long qui servait de chambre d'amis, ses trouvailles ramenées de ses voyages dont certaines sortaient d'une malle au trésor...&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Jean-Marc, je l'ai rencontré il y une dizaine d'années sur un tournage. Un jour, je l'ai appelé pour lui demander de faire un effet sur une pub sur laquelle je faisais la déco. C'était un vendredi soir et le tournage était le dimanche. Je lui ai demandé un truc dingue à réaliser. Il a hurlé de rire au téléphone car mon tournage était le dimanche et que tout était fermé ! puis il a dit « c'est génial... je marche ! »&lt;br/&gt;Il a fouiné dans son atelier et il a découpé des plaques, recyclé, remixé des trucs dont lui seul avait le secret, et le dimanche il était là avec son sourire, sa bonne humeur et son immense talent.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Après ce jour là, je lui ai demandé s'il n’avait pas besoin d'une petite main pour l'assister de temps en temps, car je voulais apprendre de lui. Depuis ce jour on s'est vus aussi souvent que c'était possible.&lt;br/&gt;Il n'a jamais hésité à m'appeler et à me faire participer à nombre de tournage malgré mon incompétence notoire en matière d'effets spéciaux ! J'ai appris beaucoup à ses côtés. Et aussi à rigoler de tout et de toute situation, à regarder la vie avec un brin de légèreté en plus.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Des histoires de tournages il y en a eu, mais avant tout avec Jean-Marc c'est une magnifique histoire d'amitié. Et je n'oublierais jamais ces bouffes à côté de l'atelier dans un resto slave ou ils l'appellent &amp;quot;l'américain&amp;quot;! Le comble, non ? c'est sans doute ce qui nous faisait tellement rire.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Je me souviens d'un jour où on a passé 2 jours à fabriquer une &amp;quot;bulle à eau&amp;quot;. Une invention à la Jean-Marc. Il rentrait de Mauritanie et était scandalisé par le fait que les pêcheurs mauritaniens soient asservis pour acheter de l'eau. Il était dépité que ces hommes vivant dans une misère épouvantable soient condamnés à échanger tout leur poisson contre de l'eau potable. Alors Jean-Marc a eu l'idée de fabriquer la bulle à eau, un genre de désalinisateur, gonflable et individuel. Après quelques essais, l'engin ne donnait pas assez d'eau et puis toujours ces histoires de brevets où une firme américaine avait déposé un brevet suffisament large qui couvrait ce champ là... mais n'arrivait pas à la cheville de la bulle à eau !&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Des idées et des inventions, je crois qu'il en foisonnait une par seconde. Et où qu'il se trouve, il y pensait et continuait a appronfondir et améliorer mentalement le mécanisme qu'il allait concevoir. Je me souviens l'avoir emmené aux 24 heures du Mans ou mon père courait. Et Jean-Marc atterré de la &amp;quot;violence de ces bolides&amp;quot; comme il disait, continuait encore a cogiter.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Il a vécu ses rêves les plus fous. Nombreux sont ceux qui l'ont regardé étrangement avec son histoire de catapulte... mais il l'a fait, en rigolant toujours et en y mettant tout.&lt;br/&gt;Peu sont ceux qui peuvent se dire qu'ils ont vécu ce dont ils ont rêvé ?&lt;br/&gt;</description>
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      <title>Sylvestre Condamin</title>
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      <pubDate>Fri, 8 Feb 2008 23:40:13 +0100</pubDate>
      <description>&lt;a href=&quot;http://www.hommevolant.fr/hommevolant/Le_livre/Entr%C3%A9es/2008/2/8_Sylvestre_files/sylvestre.jpg&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.hommevolant.fr/hommevolant/Le_livre/Media/object079_1.jpg&quot; style=&quot;float:left; padding-right:10px; padding-bottom:10px; width:154px; height:116px;&quot;/&gt;&lt;/a&gt;Le souvenir de Jean-marc restera ancré dans nos mémoires de paralpiniste pendant très longtemps.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Je me revois encore le tenant par l'encolure de son sac pour son premier saut agitant ses grands membres avec l'impatience d'un enfant devant une grosse surprise.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Ses explosions de joie et de bonheur vont nous manquer énormément.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;L'ensemble de ses délires géniaux auront marqué notre génération de sauteurs et certainement les prochaines.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;C'est dur pour ceux qui restent mais ces derniers temps, lors de nos marches d'approches nous parlions de Jean-Marc et lui avons dédié les plus beaux de nos sauts de montagne.</description>
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      <title>Dayris Ajo Pena</title>
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      <pubDate>Fri, 8 Feb 2008 14:39:13 +0100</pubDate>
      <description>&lt;a href=&quot;http://www.hommevolant.fr/hommevolant/Le_livre/Entr%C3%A9es/2008/2/8_Dayris_files/dayris%20et%20JMM.jpg&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.hommevolant.fr/hommevolant/Le_livre/Media/object071_1.jpg&quot; style=&quot;float:left; padding-right:10px; padding-bottom:10px; width:154px; height:116px;&quot;/&gt;&lt;/a&gt;J'ai connu Marcos dans un bus. J'allais à la Havane pour voir ma mère. J'avais une réservation côté fenêtre mais le billet a été modifié et ils m'ont placée du côté couloir.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Je n'ai compris ce changement qu'au moment où je suis montée et qu'à l'endroit que je croyais être ma place, il y avait déjà un étranger. Je me suis assise à côté de lui un peu furieuse, puis il m'a regardée et il m'a fait un si grand et si sincère sourire que je me suis mise à rire à mon tour. Il écoutait de la musique et à un moment il m'a passé les écouteurs et m'a demandé si je savais quel était le genre de musique en question... c'était un mélange bizarre de percussion et de musique d'orgue. Ma réponse l'a impressioné, c'était comme un test qu'il avait déjà soumis à beaucoup de personnes, mais beaucoup n'avaient pas distingué l'orgue parmi les bruits des nombreuses batteries... je crois que c'est à ce moment que Marcos a commencé à m'aimer. Nous avons commencé à discuter sur le sujet et il me dit: &amp;quot;A Cuba, il y a beaucoup de bons orgues, mais les &amp;quot;frères Ajos&amp;quot; sont les meilleurs dans le pays. Je le savais déjà, je les connais parce que nous sommes de la même famille, mais je me suis tue et j'ai acquiescé. Un peu après, il me dit: &amp;quot;Mais il y en a d'autres qui sont très bons, 'les Penas' &amp;quot;. Alors, j'ai sorti ma carte d'identité et lui ai montrée. Dans la semi obscurité du bus il a pu lire mes noms, et une fois revenu de sa surprise, il a commencé à rire, d'une manière bien particulière qui lui était propre. Tout le monde était intrigué, et ceux qui étaient proches de nous riaient sans savoir pourquoi, le rire de Marcos ayant ce don d'être contagieux, on ne pouvait rien contre. Et puis il a repris ses esprits, est devenu sérieux et m'a dit:&amp;quot;tu es 'La princesse des orgues&amp;quot;. C'est comme ça que notre histoire a commencé, c'était en novembre 1999.&lt;br/&gt; &lt;br/&gt;Nous sommes arrivés à la Havane le matin, nous avons passé la journée à discuter et à marcher. Il devait prendre l'avion pour la France à 5h l'après midi. Marcos prenait à coeur la défense des causes difficiles et surtout, celles qui étaient perdues d'avance. Il ne tenait pas compte des limites, il n'avait pas de limites. Pour lui, les obstacles n'existaient pas, son optimisme était impressionnant.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Entre nous, il n'avait été convenu aucun projet, pas même  un baiser qui serait le début d'une relation, seulement une bise à peine effleurée quand il est parti. Quelques jours plus tard, dans une enveloppe, m'est arrivée une fleur, puis un agenda superbe écrit depuis l'immensité du Sahara, mon nom écrit dans le sable entre des points d'interrogation. J'étais trop jeune pour vouloir atteindre à la grandeur d'âme de quelqu'un comme ça et je n'ai ouvert de chemin à aucune autre voie qu'à celle de l'amitié. De son côté il rêvait; moi j'essayais de me dégager des nuages qui arrivaient sur moi. Marcos m'a de nouveau surpris 4 mois plus tard, un 14 février. Il revenait pour les orgues, pour les sauts en parapente, pour aider beaucoup de monde, et pour moi. J'ai dit non à tout ce qu'il proposait, j'ai dit non à Paris, et j'ai pris mes distances. Après ça, il est revenu chaque année. Il venait toujours me voir, sa porte restait ouverte. Moi, je n'étais pas prête, il y avait toujours quelqu'un ou quelque chose dans ma vie. Puis j'ai reçu une lettre où il me racontait qu'il était tombé amoureux et qu'il allait se marier. Pendant plusieurs années, je n'ai plus rien su de lui et en 2005, inquiète de son silence, j'ai essayé de lui écrire, mais les lettres me revenaient car il n'habitait plus à l'adresse indiquée. &lt;br/&gt; &lt;br/&gt;J'ai écrit de nouveau en 2006 mais rien. Puis, un après midi de janvier 2007, un de ces après midi où tu as l'impression que tout s'écroule parce que tout va mal et que tu penses que la vie n'est qu'une connerie, Marcos m'est apparu devant la porte de mon bureau, alors que j'étais au téléphone de la réception. Je suis restée à le regarder comme si c'était une apparition, je n'avais aucun doute, c'était bien lui. Mais il semblait bien plus jeune, un peu bizarre, mais mieux. Je ne suis sortie de mon étonnement que quand il m'a ouvert les bras et qu'il s'est mis à rire. Encore une fois, son rire m'a sorti de ma colère, de ma mauvaise humeur, du désespoir.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Marcos s'attendait à me retrouver mariée avec deux enfants au moins, la cubaine moyenne de 30 ans. Mais rien de cela, j'étais libre, libre de tout, sauf de moi-même peut-être. Son mariage avait été un vrai désastre et il était à Cuba pour repêcher les amis qu'il avait perdus, les bonnes choses qu'il avait laissées. Il m'a dit qu'il avait parcouru toute ma rue, se renseignant à chaque pâté de maisons jusqu'à ce qu'il trouve la mienne. Mon grand-père lui a expliqué où je travaillais. J'étais une des seules personnes qui ne lui avais pas menti, et de moi il gardait un bon souvenir. Il avait subi le mensonge de toutes parts, il avait des projets fous qui s'ils avaient abouti, l'auraient peut-être empêché de revenir à Cuba; il avait le coeur brisé. Mais la magie de nos retrouvailles lui a donné des ailes et de la tranquilité. Je me suis rendue à l'évidence que lui seul pouvait changer ma vie, effacer tout le mal qui m'était arrivé après son départ. Ma vie sentimentale aussi n'avait été qu'une suite de désastres, d'échecs et de tentatives inutiles; Marcos m'a apporté joie et amour. A partir de cet après midi là nous sommes restés ensemble jusqu'au moment où il devait reprendre l'avion. Ce furent des jours merveilleux, comme la vie t'en donne peu. Nous nous sommes quittés persuadés de nous retrouver. Sans peur. Heureux. Libres.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Marcos est revenu en mai, il avait pris un peu de poids et ses cheveux étaient plus longs. Sa figure alors m'a fait penser à une photo qu'il m'avait montrée des années auparavant et que j'adorais: il était très jeune et jouait d'un petit orgue dans la rue. Quand je lui ai réclamée, il était ennuyé; il m'a dit qu'il ne ressemblait plus à cette photo, mais il se trompait : cette nuit-là, il était bien ce jeune garçon de la photo. Le temps change certaines de nos caractéristiques, mais l'essentiel ne change pas et rejaillit à la lumière quand on est heureux. Il était heureux et moi j'étais heureuse.&lt;br/&gt;Au bout de deux jours, quelque chose avait changé, il s'est muré dans un monde dangereux dans lequel il ne me laissait pas entrer. Il me jurait qu'il m'aimait mais que ce n'était pas juste qu'il continue à risquer sa vie alors que je serais là à l'attendre. Il était obsédé par la mort mais il ne pouvait pas s'arrêter. Il m'avait raconté que lorsqu'il avait fait son premier saut, la peur l'avait paralysé. Nous nous sommes séparés, j'étais blessée, il m'a laissée à la porte de ma maison en larmes; il ne pouvait rien m'expliquer, il me répétait seulement tout bas qu'il m'aimait, encore et encore, que je lui pardonnerais. Je ressentais de la colère mais les jours passant, elle a laissé place à une grande tristesse.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Il m'envoyait un message presque chaque jour, je les gardais dans un dossier de l'ordinateur. Je les ai tous gardés sauf un, le dernier. Au moment où je le lisais, nous avons eu une visite de contrôle au bureau et je l'ai effacé. Peu de jours après, j'ai reçu un mail de quelqu'un qui portait le même nom que Marcos, mais ce n'était pas lui. J'ai ressenti comme un grand frisson avant même de lire ce message. A raison. Marcos avait eu un accident en effectuant un saut de base jump, qui l'avait tué. C'était sa soeur qui venait me l'annoncer.&lt;br/&gt;</description>
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      <title>Jeannine Henry</title>
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      <pubDate>Tue, 5 Feb 2008 15:19:56 +0100</pubDate>
      <description>&lt;a href=&quot;http://www.hommevolant.fr/hommevolant/Le_livre/Entr%C3%A9es/2008/2/5_Jeannine_Henry_files/jeannine.jpg&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.hommevolant.fr/hommevolant/Le_livre/Media/object081_1.jpg&quot; style=&quot;float:left; padding-right:10px; padding-bottom:10px; width:155px; height:116px;&quot;/&gt;&lt;/a&gt;Ma première impression lorsque je pense à Jean Marc, c’est la gentillesse. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Il est arrivé au village avec son rire et son imagination. Dans sa maison de guingois aux pièces secrètes, à la tuyauterie moqueuse, il fabriquait. Tous les enfants du village l’entouraient et, de ses mains, sortaient des épées en bois. Je revois les enfants, ils n’étaient pas nombreux alors, courir dans la rue du Jeu de Ballon levant vers le ciel ces armes de fortune et criant de bonheur, eux aussi en route vers le rêve. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Il est arrivé au village avec  sa vie et son enthousiasme. De sa maison ouverte aux quatre vents, à pic sur les gorges, il partageait. Tous les habitants écoutaient son orgue de barbarie dont il jouait sur la place de la Mairie. Je le revois avec notre vieux maire, ancien menuisier, parler de bois et, toujours avec notre vieux maire se lancer dans le comité des fêtes.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Là où il habitait, il rencontrait les gens, jeunes et vieux. Jamais d’idéologie, toujours la vie.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Voilà pourquoi nous l’aimions, ici, à Châteaudouble.&lt;br/&gt;</description>
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      <title>Vincent et Rose-Anne</title>
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      <pubDate>Fri, 1 Feb 2008 15:18:22 +0100</pubDate>
      <description>&lt;a href=&quot;http://www.hommevolant.fr/hommevolant/Le_livre/Entr%C3%A9es/2008/2/1_Rose-Anne_et_Vincent_1_files/vincent.jpg&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.hommevolant.fr/hommevolant/Le_livre/Media/object082_1.jpg&quot; style=&quot;float:left; padding-right:10px; padding-bottom:10px; width:154px; height:116px;&quot;/&gt;&lt;/a&gt;Pour toi, ta famille, et tes amis&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Vincent, mon fils n’a pu venir, mais je veux te rapporter ce qu’il me disait de toi :&lt;br/&gt;« Chaque fois que je voyais ou téléphonais à Jean-Marc, c’était un événement, c’était mon père spirituel... C’est la première fois que je perd un être qui était important pour moi. »&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Merci de l’avoir rencontré. Alors qu’il était partagé entre l’envie folle de venir aujourd’hui, et honorer un travail commandé, ton visage m’est apparu, riant tu lui disais : « fais le travail…. »&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;D’où que tu sois, je te demande d’être encore près de lui…&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;A présent, tu peux voler quand tu veux, où tu veux, sans harnais, catapultes ni parachutes…..Tu es libre de tes vols.&lt;br/&gt;Merci d’avoir été ce Jean-Marc, ce doux-dingue, ce fou créateur dont le monde à besoin.&lt;br/&gt;F.Mitterrand disait :  «  Je crois aux forces de l’Esprit  ».</description>
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      <title>Dominique Goedert</title>
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      <pubDate>Sat, 19 Jan 2008 14:54:22 +0100</pubDate>
      <description>&lt;a href=&quot;http://www.hommevolant.fr/hommevolant/Le_livre/Entr%C3%A9es/2008/1/19_Dominique_Goedert_files/domouton.jpg&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.hommevolant.fr/hommevolant/Le_livre/Media/object013_2.jpg&quot; style=&quot;float:left; padding-right:10px; padding-bottom:10px; width:155px; height:116px;&quot;/&gt;&lt;/a&gt;Dire que quand j'ai rencontré Jean-Marc, je l'ai trouvé si raisonnable ! Comparé à nous, je veux dire... Il ne venait pas aux grandes déglingues casteldoublaines, il ne faisait pas partie des alcooliques magnifiques qui nous bassinaient avec l'incomparable été 1974. Il n'avait pas les cheveux longs. Il n'avait pas fait 68. Il avait été à l'AJS!! Les gens que je fréquentais étaient anar, situ, maospontex éventuellement... Mais l'AJS ! C'était un truc de vieux, incapables de deuxième degré... Il n'avait été à aucun festival hippie, n'avait pas été bousculé par le psychédélisme, n'était définitivement pas rock'n'roll. Il avait fait son service militaire - ce qui, en soi, était  peu fréquent parmi les mecs que je connaissais - dans les paras!&lt;br/&gt;Quand je l'ai rencontré, je l'ai trouvé charmant, intéressant mais un peu square!&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;1. Lorsque j'ai suivi la formation du CAFB à  Marseille, pendant un  an, je me suis fait héberger par Jean-Marc les lundis soirs. Il était là ou il était en déplacement. Une semaine où j'étais seule rue de la  République, j'ai décidé de faire le ménage, parce que l'appartement  en avait vraiment besoin. C'était la première fois que je me lançais  dans cette entreprise - je ne suis pas exactement une fée du logis -  et je ne savais pas où étaient rangés le balai, la pelle,  l'aspirateur... J'ai cherché dans les placards de la cuisine mais rien. J'ai ouvert le placard de l'entrée. Et un cadavre ensanglanté en a jailli comme un diable de sa boîte, avant de retomber à mes pieds. Evidemment, j'ai hurlé. Et il m'a fallu un moment pour  m'approcher: c'était un mannequin grandeur nature dont Jean-Marc m'a plus tard expliqué qu'il lui avait servi pour une pub de la sécurité  routière et qu'il avait tassé serré là, sur l'étagère du haut, prêt à se détendre dès qu'une imbécile tirerait la porte...&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Un jour, dans une maison à l'abandon, il avait trouvé des fioles de laudanum qui dataient de l'époque du laudanum évidemment. Je lui avais demandé de m'en descendre une pour essayer, une fois, ce produit dont avaient usé et abusé Musset et Branwell Brontë. Il ne l'a jamais fait.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Cohabiter avec Jean-Marc, c'était être assuré de tomber, au hasard  d'une étagère, sur des produits ou des objets que la loi interdit ou, à tout le moins, qu'un Européen moyen des XXe-XXIe siècles voit  rarement dans sa vie, comme l'huile aux fourmis rouges qu'il m'avait  rapportée d'Amazonie.&lt;br/&gt;Ce n'était pas seulement de l'exotisme, c'était d'une charmante extravagance qui pimentait nos vies, lorsqu'il passait. C'est l'une des raisons pour lesquelles on l'aimait. Certains admiraient son côté  vaguement s'en fout la mort, pas moi. Je n'ai jamais voulu le voir sauter ou se faire catapulter. J'en ai discuté cent fois avec lui et aucun d'entre nous n'a convaincu l'autre. Dire qu'aujourd'hui, mises à part quelques photos, des cristaux et un sac à dos, il me reste  surtout de lui le DVD de l'Homme catapulte et son saut en parachute dans les gorges que j'ai toujours détesté regarder jusque là. Ironique. A mes hauts cris, il répliquait que je trouvais ça risqué parce que je n'y connaissais rien mais qu'en réalité, c'était hyper précis, calculé, safe.&lt;br/&gt;Putain ! C'était ce que je criais en tournant en rond dans mon salon, le soir où j'ai appris sa mort. Safe, hein ? Tu disais que c'était safe, hein, crétin ! Putain !&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;C'était une colère sans fondement.. Evidemment, lorsqu'il le disait, il n'y croyait pas, je n'y croyais pas, il savait que je n'y croyais pas et coetera. C'était modeste et courtois, cela se voulait rassurant et puis, à quoi bon discuter sérieusement plus longtemps : cette passion qu'il partageait avec tous ces jumpers, je n'y ai  jamais rien compris...&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Lorsque j'ai connu Jean-Marc, il habitait à Châteaudouble une maison de sept niveaux dont trois ou quatre de caves, genre une pièce par étage.&lt;br/&gt;Je me rappelle que sa chambre et les toilettes étaient en haut et que la canalisation d'évacuation traversait la pièce d'en dessous, une salle à manger avec cheminée. C'était là qu'on se tenait, lorsqu'il faisait une fête. Et, dès que quelqu'un montait aux toilettes, on entendait l'eau de la chasse passer en vibrant au dessus de nos têtes. Pour plaisanter, il disait qu'un jour, il mettrait une canalisation en plastique transparent pour qu'on ait l'image en plus du son. J'était tellement chochotte que j'avais du mal à en sourire...&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;2. Un jour, Jean-Marc a décidé d'aller chercher l'Eldorado.&lt;br/&gt;Il s'est envolé pour Caracas, pour y rassembler une équipe qui remonterait l'Amazone avec lui. Il a du rester un mois à Caracas et, en attendant, pour tromper l'impatience, il a écrit, en anticipant le voyage qu'il s'apprêtait à faire.&lt;br/&gt;Lorsqu'il est enfin parti, évidemment, rien ne s'est passé comme il l'avait prévu et son journal de bord s'est avéré très différent de ce qu'il avait imaginé d'abord : beaucoup plus concret, ras des pâquerettes, plein de ces détails minuscules qui émaillent le quotidien quand on se promène... A son retour, il m'a prêté ses deux journaux, à comparer. C'était passionnant et c'était si drôle !&lt;br/&gt;Quand je suis partie à la Jamaïque, quelque temps plus tard, j'ai continué la plaisanterie : un mois jour pour jour avant le départ, j'ai commencé un pré-journal imaginaire. Puis, pendant le voyage, j'en ai tenu un vrai, sérieusement et je les ai passés à Jean-Marc au retour.&lt;br/&gt;Il n'a pas trouvé l'Eldorado mais on s'en doute, ça n'avait pas une telle importance : comme on dit , c'est le chemin qui compte ! Après  tout, après coup, je ne suis pas certaine d'avoir trouvé Rastafari à la Jamaïque, moi non plus.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;On a tous vu un certain nombre de films - quelquefois indigestes - simplement parce qu'il y avait son nom au générique : Jean-Marc Mouligné - c'est là qu'on donne un coup de coude dans les côtes du voisin : &amp;quot;c'est un ami !&amp;quot;. Depuis Les Visiteurs, j'ai l'impression que le cinéma l'amusait nettement moins. Il n'avait plus tellement d'histoires cocasses à raconter après les tournages. C'était devenu alimentaire. Mais il y a très longtemps, quand Jean-Marc a commencé à penser travailler dans le cinéma, c'est avec « La Faim des Temps » qu'il a voulu faire ses premières armes. C'était dans le style de Malevil. Il nous y a tous impliqués. Certains copains de Châteaudouble ont été employés et payés comme manoeuvres-techniciens. D'autres comme moi étaient acteurs amateurs. Le tournage avait lieu à la Grange et à Canjuers, principalement. Jean-Marc avait obtenu l'autorisation d'Hernu et on rappliquait, à la file indienne, devant  le poste de garde, dans nos bagnoles pourries, attifés comme des  mendiants médiévaux et balafrés.&lt;br/&gt;En réalité, l'intrigue avait lieu après une catastrophe nucléaire. Ne demeuraient que de petits groupes de survivants. Le nôtre n'avait pas de quoi subsister et finissait par échanger à Louis Puiseux, qui interprétait un berger graveleux, une petite fille contre un mouton.&lt;br/&gt;On avait d'interminables discussions off, au cours desquelles Jean- Marc devait se colleter, entre autres, avec Christine et moi, mais on aurait dit aussi qu'il le faisait exprès, la petite fille contre le mouton, le mouton que Romain, totalement novice en la matière, devait  égorger devant la caméra, la couverture de Lui scotchée au mur...Je  crois bien que la couv de Lui a été retirée du champ, finalement, mais la pauvre bête qu'Odile avait trimballée des heures durant en travers de ses épaules, par les paysages ocres des Arcs ou de Vidauban, a  fini sous le couteau de Romain.&lt;br/&gt;Le film s'achevait par une sorte de bacchanale-méchoui, surveillé de près par les pompiers. Je me souviens de Jacques et de sa fausse cicatrice, de Manu, de Christine, d'Yves Henriet qui venait avec  Chloé et Fabienne, de Manou qui simulait une colère de force 8, dirigée contre Romain qu'elle secouait comme un prunier et qu'elle jetait au sol quasiment... Je me souviens vaguement de la petite fille qui jouait la monnaie d'échange, sans bien comprendre, et de sa mère. Moi, je jouais une espèce d'allumée mystique, en longue robe de bure et en cape sombre, avec des regards hallucinés. Je traçais des 666  partout, sur les murs et sur les tanks.. « La Faim des Temps » a été une franche rigolade, même si Jean-Marc n'a pas persévéré dans la carrière.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;3. J'ai dit qu'il était écrivain.&lt;br/&gt;En fait, il a surtout écrit un texte, que je n'ai jamais relu depuis trente ans, mais qu'alors, du moins, j'avais trouvé carrément très bien écrit. C'était « les Naufrageurs », que Jacques a illustré et qui dort dans un tiroir. Il l'avait tellement dégraissé qu'il avait enlevé la plupart des adjectifs et des adverbes. Le roman était devenu bref comme une novella. L'histoire était sinistre mais le  style était brillant, vraiment.&lt;br/&gt;Pendant des années, il a écrit des espèces de nouvelles, des textes pas retravaillés. A l'état où je punaise mes textes aux étagères parce qu'&amp;quot;ils bougent encore&amp;quot;. Peut-être que Jean-Marc pensait qu'il y jetterait un oeil, un jour. Plus tard. C'était des trucs sombres, presque toujours, quelquefois glauques, une fois au moins, malsain côté ambiance, bien écrits mais inachevés. Jetés sur le papier mais pas passés réellement au stade de l'écriture.&lt;br/&gt;Ca m'a longtemps sidérée qu'il n'attache pas plus d'importance à ses  textes, qu'il préfère le deltaplane à l'écriture... J'ai quelquefois espéré que, sur ses vieux jours, Jean-Marc se remettrait à écrire, quand il serait trop âgé pour sauter.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Vieillir n'est pas toujours une partie de plaisir. On pouvait dire à Jean-Marc qu'il avait passé l'âge des acrobaties extrêmes; il ne  l'écoutait pas. Il ne voulait pas l'entendre. Cette obsession du ciel qu'il avait ! Cela venait peut être de son père... Je me rappelle qu'il lui a fait faire du parapente alors que celui ci avait presque quatre-vingt ans.&lt;br/&gt;Il ne voulait pas l'entendre mais je me souviens du jour où il m'a  dit - et c'était il y a environ quinze ans ! - qu'il avait, de manière aigüe, conscience de vieillir, parce que désormais les filles dont il sentait qu'il aurait pu tomber amoureux ne songeaient même pas à lui comme à quelqu'un dont elles auraient pu tomber amoureuses. A leurs yeux de femmes fleurs, il était un vieux désormais et l'attention qu'il leur portait paraissait vaguement déplacée. Je crois que, de ce côté là, cela faisait donc un bout de temps qu'il n'avait plus grand espoir; depuis l'échec de son mariage, il n'en avait plus aucun.&lt;br/&gt;</description>
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      <title>Christine Traxeler</title>
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      <pubDate>Sun, 13 Jan 2008 14:11:25 +0100</pubDate>
      <description>&lt;a href=&quot;http://www.hommevolant.fr/hommevolant/Le_livre/Entr%C3%A9es/2008/1/13_Christine_Traxeler_files/christine.jpg&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.hommevolant.fr/hommevolant/Le_livre/Media/object075.jpg&quot; style=&quot;float:left; padding-right:10px; padding-bottom:10px; width:155px; height:116px;&quot;/&gt;&lt;/a&gt;Jean-Marc, Jacques et moi avons dîné ensemble et sommes assis à table à Rebouillon. &lt;br/&gt;Il est tard, nous sommes doucement imbibés de substances très prohibées. Jusqu’au bout des lèvres, des cils, des ongles.&lt;br/&gt;Je regarde Jean-Marc qui me regarde. Il est alors profondément, vitalement évident que nous partageons une même éblouissante – je pèse mes mots - acuité intellectuelle, mais plus sentimentale que cérébrale, que nous nous aimons d’une même immense et forte amitié, que nous nous pardonnons toutes nos divergences, mieux : qu’elles nous amusent et nous enrichissent ; et nous nous réjouissons plus particulièrement que Jacques soit, comble des délices, à la fois son meilleur ami et mon compagnon.&lt;br/&gt;Que les substances prohibées jouent leur rôle dans cette scène unique, soit ! D’expérience, je vous promets que c’est un rôle de révélateur. Et les couleurs de la scène n’ont jamais pâli à la lumière.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;La Faim des Temps . Jean-Marc punaise sur un mur en ruines et projette d’insérer dans le champ et dans le film, une obscène photo de Playmate. Evidemment et aussitôt je lui saute sur le poil, - « inutile, dépourvu de sens ici, racoleur, putassier, … » - j’ai l’impression que le « débat » - que je pratique comme un duel au sabre – dure indéfiniment. Jean-Marc débat, patiente, rit, fait son film, cadre sa Playmate, promet de l’enlever au montage et, je crois, la gardera au montage. Jean-Marc dans le rôle (qu’il ignorait ou devinait ?) du grand frère dans lequel je peux cogner à bras raccourcis sans craindre qu’il rompe le lien familial. Qui peut me soulever par la peau du cou, me poser par terre et me reposer sur ma chaise quand j’ai fini de trépigner. Et pendant ce temps faire ce qu’il veut : ça tombe bien, je n’attends pas d’un grand frère qu’il se laisse marcher sur les pieds par sa petite sœur.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Jean-Marc et moi allons je crois à Amiens, mais peut-être ailleurs, tous les deux.&lt;br/&gt;On y assiste à un évènement et/ou on rencontre X ou Y, peu importe. C’est intéressant, un peu cocasse selon le point de vue qu’on adopte. Revenus à Rebouillon, on retrouve Jacques et d’autres copains : Jean-Marc raconte ce qu’on vient de vivre lui et moi. Enfin, je crois vaguement reconnaître que le point de départ de son récit ce sont ces quelques heures passées ensemble. Mais à l’entendre il est clair qu’on revient d’une terre encore inexplorée où nous avons découvert de nouveaux cousins des Bonobos et que je ne m’étais rendue compte de rien. Voilà, vous vous efforcez de regarder la vie en trichant avec mesure pour la savourer cocasse quand elle est plate ; et Jean-Marc en fait un roman de cape, d’épée et de mensonges, certes, mais vastes !&lt;br/&gt;J’ai horreur du mensonge mais j’adore les romans d’aventures et ce qui est vaste.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Jean-Marc de Munchaüsen et ses incessants exploits. Ce qu’il m’énerve, ce qu’il m’énerve … !!! Moimoimoi !!! Au point qu’un jour je lui dis, pour soulager ma conscience, gratter ma mesquinerie comme on gratte la gale : « Tu m’énerves parce que je t’envie, je t’admire ; beaucoup de choses que tu fais ne m’amuseraient pas ( m’imaginer fabriquant des poulies avec Jérémy-Vincent-Criquet derrière, en plus, qui parle en mandarin crypté !!!) mais tu fais beaucoup de choses que je meurs d’envie d’avoir faites. Tu m’énerves parce que je suis lamentablement jalouse ! En fait de moimoimoi, c’est autant le mien que le tien qui me dérange. » Jean-Marc a souri, apparemment content de tout : du compliment, de l’aveu.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Jean-Marc invite Jacques et moi à Montferrat pour nous remercier de notre hospitalité (nous avons accueilli un moment Jean-Marc et Ianelis) : du rouge et un énorme jambon. Je suis végétarienne et bois très peu. Je dis « non, non, c’est pas grave » mais, quelques jours après, quand il attire mon attention sur la mauvaise éducation de Ianelis qui vient dîner en apportant sa pizza-camion-perso , je lui rappelle l’apéro et lui dis qu’ils sont parfaitement assortis. Et puis …&lt;br/&gt;… Jean-Marc revient du Zimbabwe. Il m’offre un bracelet somptueux, les couleurs sont éclatantes comme je les aime, l’aspect est très chic, et, comble du ravissement pour moi, ce « chic » provient exclusivement de matériaux de récupération, le bracelet étant composé d’épingles à nourrice et de bouts de fil électrique. Je n’en aurais pas choisi un autre. Jean-Marc comme tous ses amis le décrivent : qui rapporte à chacun le cadeau qu’il aimera. J’ai emporté le bracelet à la Coupe Icare. Par pudeur, il est resté dans ma trousse de toilette mais je suppose qu’il a senti l’atmosphère.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Jean-Marc m’emmène, à Paris, au détour du chemin, voir… « Viens ! Je vais te montrer un des plus grands sex-shops de Paris ! » J’ai des idées extrêmement précises sur l’opportunité idéologique et symbolique d’une photo porno dans un film que les générations futures classeront au firmament des films philosophiques mais ça ne veut pas dire que je ne m’intéresse pas à ce qui se fait de plus pointu dans l’art d’accompagner les gestes. Déception ! Non à cause du lieu, grand comme un hangar d’avion, mais parce que à peine commençai-je à faire de réjouissantes découvertes que Jean-Marc ressortait. Est-ce que vous vous posez des questions sur la sexualité de Jean-Marc ? Moi oui. Avec curiosité, tendresse et amusement. Il avait insisté pour me prêter « Justine » ; j’avais eu beau lui dire que je n’avais trouvé aucune qualité aux 120 journées de Sodome, il m’avait laissé « Justine ». Sachant en quelle haute estime une certaine élite tient le divin marquis, je m’y suis attelée. J’ai capitulé au bout d’une centaine de pages. Entre sa mauvaise foi et la lourdeur de son écriture, j’ai cru mourir dix fois d’indignation et d’ennui. Je ne regrette pas ma lecture, elle a suscité de nouvelles délicieuses passes d’armes avec Jean-Marc. Quand je dis d’armes… on alternait fleuret et bazooka ( je suppose que la référence à ce vieux tromblon qu’est maintenant le bazooka le ferait rire ).&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Jean-Marc, quant à lui, avait écrit une nouvelle dont je me souviens qu’elle se passait en Amérique du Sud et qu’une jeune innocente y subissait des tortures à la chaîne. Au contraire des œuvres du cher marquis, cette nouvelle était si bien écrite que je lui avais envoyé tout plein de compliments en lui suggérant même d’autres atrocités à ajouter, auxquelles il n’avait pas encore pensé, faute de temps sans doute ou d’une provision suffisante d’herbe sacrée.&lt;br/&gt;Je me souviens que, pendant ce temps, Dominique (notre comtesse) le fustigeait de toute son indignation féministe et militante. Quand elle m’a fait lire sa réponse, j’ai été presque étonnée de ne pas avoir pris ce parti moi-même. Il est donc clair que le charme et la drôlerie de l’écriture de Jean-Marc m’avaient, lâchons le mot, totalement PERVERTIE !!!&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Pour remercier Jean-Marc de je ne sais plus quoi, je lui avais fait une chaise « Mickey ». Le dossier représentait la tête furibonde de Mickey dont les pupilles étaient remplacées par le sigle du dollar. Bd Davout, j’ai retrouvé la chaise sur la mezzanine, loin des regards. Je le comprends! Je trouve la chaise conçue par Jean-Marc, celle qui a été primée, superbe. J’aimais beaucoup cette différence radicale entre son mobilier, des prouesses techniques épurées et belles, et le mien, des bricolages de déchets sauvés du dépotoir. Toujours le grand frère, qui a appris plein de trucs en allant aux écoles pendant que je persévère dans la pâte à modeler.&lt;br/&gt;Tout de même, à Romescamps, il avait installé une douche qui l’éloignait assez radicalement des épures du Bauhaus : un magnifique corps de femme tronqué et rouge sang frais. Je ne m’en souviens plus mais je suppose que l’eau devait sortir des tétons. Superbe ! Jean-Marc, sa douche, ses T-shirts, ses gadgets futuristes, son rire …&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;8h 15 scène de petit déjeuner ordinaire quand Jean-Marc habite avec nous à Rebouillon : Je me lève. Jean-Marc se lève presque aussitôt. J’ai commencé à me préparer une tasse de thé. Jean-Marc se plante devant la gazinière, les mains dans les poches, les bras serrés, la tête dans les épaules remontées, l’air malicieux et un grand gentil sourire aux lèvres. Je dois le pousser pour poser ma casserole sur le feu. Je pense mais ne dis pas : « Jean-Marc ! ce n’est vraiment vraiment pas grave du tout si tu n’es pas passionnant 24 h sur 24 ! » Et je sais que ma dégustation embrumée de cette grande leçon quotidienne de sociologie qu’est la revue de presse de France-Inter est à l’eau. Elle va être noyée de commentaires dont probablement une enième apologie provocatrice de la guerre (à laquelle Jean-Marc ne croit pas lui-même). « Allo, allo ?? La maman du petit Jean-Marc peut-elle venir le chercher devant la gazinière ? » … « Et je vais sûrement pas te faire ton café, je suis pas ta mère puisque tu pourrais être mon grand frère si tu n’étais pas cet enfant gâté, ce grand empoté d’ami ! »&lt;br/&gt;Je m’étais laissée prendre par le fatalisme un peu cynique avec lequel il parlait du vieillissement de sa mère. C’est Dominique (sa sœur) qui m’a ouvert les yeux sur la force de leur lien.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Jean-Marc m’a acheté un tableau il y a longtemps. Un homme dont on ne voit que la tête émergeant d’un profond caniveau où il se tient probablement debout : il n’a pas de cheveux mais d’immenses racines qui se tordent au-dessus de sa tête. Il a l’air désespéré et hagard. Tout le tableau est vert, couleur de jungle amazonienne. J’étais partie de la photo d’un fou à Dakar. En dédicace, j’avais écrit à Jean-Marc que c’était son portrait ; mais en réalité je trouvais que si les racines évoquaient bien son imagination tentaculaire, la tristesse du personnage lui était étrangère. Tout bien pesé …&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Ah oui, j’oubliais ! En 1981 le maire d’Ampus a tenté de promouvoir un projet de golf et d’université. Comme il était géologue et affirmait que le golf ne posait aucun problème écologique, au contraire, certains villageois, dont moi-même et mon compagnon d’alors, ont créé un comité de soutien au projet bucoliquement nommé « le Cade ». Tandis que je crayonnais des dessins contre les opposants officiels, un slogan se mit à fleurir sur les routes d’accès à Ampus : « Prends-moi par les 18 trous » signé : « le Crade ». J’ai trouvé cela d’un vulgaire ! Mais d’un vulgaire ! Et de la dernière idiotie : le degré zéro de la réflexion citoyenne. Je m’en ouvrais volontiers aux voisins et copains : Jacques, Dominique, Jean-Marc entre autres … Puis Romain et moi avons compris que le projet d’université ne se ferait pas et que le projet était critiquable par bien des aspects et nous avons quitté le comité. &lt;br/&gt;Beaucoup plus tard j’ai appris que les auteurs de cette fine facétie étaient … Jean-Marc et Jacques. Beaucoup plus tard j’ai appris aussi que les golfs sont, à bien des points de vue, obscènes.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Quant aux derniers épisodes… les jeux de Trompe-la-Mort de Jean-Marc sont certainement ce que j’ai le plus aimé chez lui. Il me semble qu’on peut le remercier de l’ « élégance » de sa quête de mort : il a épargné à son entourage le lourd sentiment de culpabilité que laisse un suicide. Et je veux redire ce que j’ai déjà écrit : je tâcherai de me souvenir de sa leçon de courage s’il m’est un jour nécessaire.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;A bientôt Jean-Marc, puisque de toutes façons, on n’arrête pas de te recroiser.&lt;br/&gt;</description>
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      <title>Louis Puiseux</title>
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      <pubDate>Sun, 13 Jan 2008 14:09:35 +0100</pubDate>
      <description>&lt;a href=&quot;http://www.hommevolant.fr/hommevolant/Le_livre/Entr%C3%A9es/2008/1/13_Louis_Puiseux_files/louis-%26-jean-marc.jpg&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.hommevolant.fr/hommevolant/Le_livre/Media/object076_2.jpg&quot; style=&quot;float:left; padding-right:10px; padding-bottom:10px; width:155px; height:116px;&quot;/&gt;&lt;/a&gt;Je l’avais rencontré chez Jacques à Ampus, en 1981. Christine vivait encore avec Romain, de l’autre côté de la cour.     &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;        Je savais de lui qu’il avait été lanceur de couteau dans un cirque (il nous expliquait le trucage), spécialiste du pétrole dans un journal de Singapour à l’époque du premier choc pétrolier, inventeur d’une machine à tirer des feux d’artifice qu’il a vendu aux Américains, chercheur de diamants dans la forêt amazonienne (quand j’écrivais “La Nuit Inca”, c’est lui qui m’a convaincu de la formidable odeur du jaguar), artificier pour un film de guerre (il est venu à Ginostra en 82 avec sa dynamite pour extraire des pierres de la colline, à la frontière d’avec Marguerite), et toujours passionné de vol à voile. Il n’ignorait certes pas avec quel danger il flirtait : au retour d’un vol qui avait failli très mal tourner (il n’avait été rattrapé dans sa chute que par une autre aile volante !), il m’avait dit : « Comme tu me vois, je devrais être mort. » &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Il nous a tous enrôlés (les copains constructeurs de Ginostra) pour tourner un court métrage à Ampus, avec sa caméra, sur un scénario de lui. Ça racontait une histoire post-guerre atomique.  La famine était telle qu’on échangeait une petite fille contre un mouton. C’est Romain qui égorgeait le mouton.  Moi je jouais le salaud. J’ai dû m’excuser devant mes élèves à Paris : mon rôle exigeait que je ne sois pas rasé. Ça tirait au revolver et à la carabine. C’était le jour du recensement. Le recenseur qui nous apportait les formulaires s’est enfui en entendant les coups de feu… ! ! !&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Plus tard, un copain lui avait donné sa Mercedes. Il m’a chargé de la lui descendre de Paris dans le midi. Je suis allé la chercher à l’aéroport de Toussus-le-Noble. Sur l’autoroute, j’ai goûté le plaisir de voir tous les autres prendre précipitamment leur droite en voyant une Mercedes dans leur rétroviseur. Ça n’a pas duré au-delà du Morvan : une bielle coulée !… Jean-Marc, ça l’a fait gondoler.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;A Marseille, il a habité non loin du Vieux Port. Jacques lui avait peint à même le mur une grande fresque au-dessus de son lit : un ange aux ailes déployées survolant une baie fantastique… (Elle doit toujours y être !) Il avait un matelas à eau, très à la mode à l’époque. Il m’y a fait dormir.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Dans les années 90, il habitait Paris, chez une fille, je crois. Pour se dérober à l’évocation d’une escapade au loin, il m’a dit gravement : « Je suis amoureux ».&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Le mois dernier, je l’ai croisé à Rebouillon. Pour dîner avec Jacques, Christine et moi, il a cuit au barbecue un grand poisson dans la cheminée. Chaque soir, il repliait soigneusement son parachute et le matin il le dépliait pour aller une fois de plus sauter dans les gorges du Verdon… M’ayant entendu raconter les amours de ma sœur aînée avec Philippe Marette pendant la guerre et son dénouement tragique 50 ans plus tard, il m’a dit : « Il faut que tu écrives ça à la japonaise, comme Rashomon. » (c’est déjà fait, mais je crains de ne pas lui avoir envoyé mon dernier recueil de nouvelles : je l’avais un peu perdu de vue, je n’avais plus son adresse.)…&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;	A 57 ans je crois, il avait toujours ses éclats de rire tonitruants, sa silhouette d’adolescent bagarreur, sa belle gueule de baroudeur, sa magnifique vitalité. Il s’est tué hier dans un dernier vol sur le Verdon. Une mort d’adolescent flamboyant.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;	Cette mort me rappelle celle de Romain Gary, celle de Hemingway, celle de Montherlant : tous trois suicidés vers 65-70 ans, au terme d’une vie très virile, très physique. La conviction que « les beaux jours » leur étaient définitivement devenus inaccessibles ? (Ce n’est pas mon cas !) &lt;br/&gt;Ginostra, 11 juillet 2007&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Vendredi 13 juillet 07&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;	Je n’avais jamais assisté à une incinération. Tout a été réglé en ¼ d’heure. J’aime bien cette discrétion, cette austérité. J’aimerais assez m’éclipser ainsi. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;	On ne survit que dans le cœur de ceux qui nous ont aimé. Ayant vendu sa part sur la maison de sa mère dans le midi, Jean-Marc n’avait pas d’autre domicile que son atelier à Romainville. Les anges ne s’enracinent pas : le ciel est leur seule patrie.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;	Qu’il ait logé à Rebouillon pour son dernier vol, je le ressens comme une façon (inconsciente) de déposer le dernier épisode de sa vie entre les mains de Jacques et Christine. Je suis content d’avoir été là, par hasard… C’était un sacré type ! </description>
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      <title>Hélène Puiseux</title>
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      <pubDate>Sun, 13 Jan 2008 14:03:39 +0100</pubDate>
      <description>&lt;a href=&quot;http://www.hommevolant.fr/hommevolant/Le_livre/Entr%C3%A9es/2008/1/13_H%C3%A9l%C3%A8ne_Puiseux_files/Helene.jpg&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.hommevolant.fr/hommevolant/Le_livre/Media/object077_2.jpg&quot; style=&quot;float:left; padding-right:10px; padding-bottom:10px; width:155px; height:116px;&quot;/&gt;&lt;/a&gt;Passages&lt;br/&gt;« Il nous a tous connus et nous a tous aimés. » &lt;br/&gt;(Rimbaud, Les Illuminations, XL, Génie)&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Jean-Marc, un jour de pluie, à Châteaudouble, me montre un passage secret qu’il a inventé pour relier deux chambres qui ne communiquaient pas, qui ne pouvaient pas communiquer, faute d’escalier. Un placard à double fond, permettait de découvrir une pièce. La nouvelle pièce est grande, les murs sont ocre, peints largement, barbouillés, pratiquement, avec de l’ocre rouge qu’il a trouvé dans la campagne, je ne sais plus où, peut-être dans la région de Brignoles, là, où quelques années plus tard, il a tourné un film avec sa bande, dont Jacques faisait partie. Illusions. On croit qu’on ne passe pas. On croit à la frontière. On passe, car, en fait, il n’y a pas de frontière. Jean-Marc annule les frontières et les murs. Mais il peut disparaître derrière eux. Cette chambre secrète ressemble à un rêve que je fais assez souvent, où je découvre une pièce inconnue dans mon appartement. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Jean-Marc n’est pas simple comme il aime à le faire croire, mais plutôt à double-fond, avec ses mille passés, ses mille espaces, ses mille projets ? &lt;br/&gt;--&lt;br/&gt;Nous sommes le 15 janvier 1991, le soir où le monde entier se demande si les États-Unis de George Bush, qu’on n’appelait pas encore « le père Bush » - et pour cause, on n’avait pas encore vu le Jeu des Familles - , vont bombarder Bagdad depuis leurs porte-avions basés en mer d’Oman, en représailles de l’invasion du Koweït. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Jean-Marc sonne à la porte chez moi, à Paris, pour dîner avec Jacques qui est aussi de passage. Il tient dans ses bras une grande plante échevelée, comme un gros pied d’éléphant qui aurait mis une perruque verte. La plante paraît vraiment immense dans les grands bras de Jean-Marc, elle chatouille le plafond du palier, les feuilles minces retombent, la plante s’appellera désormais « la plante de Jean-Marc » ; longtemps, elle a prospéré, plus heureuse que les palmiers des bords du Tigre, elle a survécu aux deux guerres du Golfe. Je l’ai changée plusieurs fois de pot, chaque fois plus grand, et chaque fois en pensant à cette soirée. Elle est morte cependant l’année dernière. Son temps était fait. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Nous parlons de cette guerre toute la soirée, tous les trois, lui, Jacques et moi. Nous mangeons du saucisson. L’attaque  attend à la porte de l’histoire, abstraite ici dans le brouillard de janvier, perceptible mais muette encore là-bas dans le ciel foncé du black-out, les scuds sur les pas de tir. Après minuit, Jean-Marc s’en va. On s’est saoûlé de paroles sur la guerre, l’Amérique, le Koweït, le pétrole, sur le vaste monde gonflé comme une pâte bourrée de trop de levure, la levure de la peur et de la guerre, de l’appétit et de la richesse, de la mort et de la vie. On n’a jamais de discussion banale, ça dérape toujours vers les Grandes Questions, qu’il fait surgir pour ferrailler. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;A peine est-il parti que l’écran de la télévision se zèbre de vert lumineux sur fond noir, pluies de missiles, trajectoires brillantes et confuses, la mort au bout, montées des scuds brillants comme des planètes, et la guerre va durer, durer, puis s‘assoupir, quitter l’écran de télé pour y revenir comme une folle avec les Twin Towers traversées comme des jouets, puis se transporter en Afghanistan, et voici Bagdad qui revient, traversée de traits verts à nouveau avant de se rétrécir, de s’effriter, de se réduire à des mares de poussière et de sang.&lt;br/&gt;--&lt;br/&gt;Un autre jour, plus ancien, dans le Var, à La Grange, la Liberté fait son entrée, sa torche à la main, couchée, ficelée sur le toit d’une voiture dont sort Jean-Marc. C’est le moulage de la statue, oui, oui, celle de Bartholdi, celle de New York, survivance imposante d’un tournage auquel il vient de participer. Nous sommes en 1985, c’est l’année du Centenaire de la mort de Victor Hugo. Jean-Marc arrive, la Liberté sur le toit, avec le projet de nous faire travailler à une œuvre collective, que nous enverrons au comité du Centenaire, pour tenter d’avoir le prix qui permettra de réaliser, éditer, filmer etc. l’œuvre édifiée… Il y a Jacques, Dominique, Pierre, et, tous les cinq, nous allons travailler des jours et des nuits au scénario d’un polar. À vrai dire, j’ai à peu près tout oublié, sauf qu’on riait comme des fous. On pensait confier un rôle de commissaire de police à Louis Puiseux. Il était question d’un gang de « sapeurs » africains, qui manipulaient les membres du Comité central de l’URSS, tenus d’abandonner leurs tristes costumes étriqués et grisâtres, obligés de se relooker, pour les fringues largement taillées de la « sape ». et favoriser ainsi un coup d’état. Tout finissait sur la Place Rouge : le balcon des défilés officiels – celui qu’on voit depuis 1917 sur toutes les bandes d’actualités – était occupé au dernier plan, par les Andropov, Brejnev et Cie, - oui, ils étaient encore là – avec leurs habits neufs… Le lien avec Victor Hugo était évident pour Jean-Marc, je ne peux absolument pas me rappeler comment et pourquoi. J’espère que quelqu’un de la bande a ce manuscrit. Nous avons ri et travaillé des nuits et des jours durant – c’était Pâques, il faisait encore froid -  buvant du café comme Balzac, au coin du feu, Morgane somnolait et soupirait à nos pieds sur le tapis de la Grange, et le scénario a été bouclé en temps voulu. Nous n’avons pas eu le prix. &lt;br/&gt;--&lt;br/&gt;La bande-son, partout et toujours, c’est le rire de Jean-Marc, son grand rire, son rire fou, sa signature : rire devant ses théories originelles sur l’homme – grand thème de cette soirée – complètement abracadabrantes et qu’il soutient mordicus, au mépris de toutes les preuves archéologiques ou paléontologiques, un soir dans un dîner chez moi à Paris. Rire double, double-fond, toujours : il se vise à la fois lui-même, avec l’invraisemblance de ses propos, et à la fois moi et mes amis qui sommes là, armés de notre sagesse raisonneuse, argumentée, grand combat de l’histoire et de la science contre le mythe que Jean-Marc amplifie au fur et à mesure qu’il le défend.&lt;br/&gt;--&lt;br/&gt;En septembre 2006, il est venu chercher une télé que je donne à Jacques et Christine et nous déjeunons ensemble dans un bistrot du Boulevard Blanqui. On mange des andouillettes et une tonne de frites. Comme toujours, Jean-Marc a son appétit à la fois joyeux et sérieux, heureux de manger. Il me fait penser à une petite phrase des Poèmes de Ras Shamra, cet ensemble de textes sémitiques découverts à Ougarit, plus vieux que la Bible, décrivant les banquets des dieux. Ils arrêtent de contempler les humains, en bas, se battant les uns contre les autres, après qu ’ils les ont excités comme des pions qui les représentent ; ils regardent leur grande table, les plats d’argent, les belles déesses, et les voilà devant la bonne viande rôtie des sacrifices, se taillant des grands morceaux, excellents. En leitmotiv dans les paragraphes, revient cette petite phrase : « Ils mangent, les dieux, avec leurs bons couteaux ». Jean-Marc, se tient à table comme les dieux, à son affaire, qu’il taille des tranches de jambon de sanglier, des andouillettes ou des biftecks.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Ce jour-là, nous avons parlé écriture et amour, de la difficulté d’écrire l’amour, dans sa forme de l’acte physique, les actes d’amour, est-il possible d‘éviter la pornographie, la description clinique ou la tartouillerie. Moi, je tiens que c’est impossible de confier les corps au langage des mots, qui d’ordinaire nous sert plutôt bien ; je crois que l’amour physique est parfaitement intraduisible, et que les mots butent sur ce que les corps savent faire et donner, l’incroyable tendresse des corps amoureux dans le plaisir. « On devrait essayer d’écrire un livre ensemble là-dessus, dit Jean-Marc, on doit tenter le coup, on va s’envoyer des textes, j’en ai justement un à te montrer». Deux jours après, il m’envoie un texte, écrit un peu plus tôt dans l’été, et qu’il a intitulé « L’horreur du vide ». Côté écriture sur le sexe, quelques situations un peu sado-maso, me semblent plus laborieuses que sensuelles, mais le récit général constitue un texte d’une très grande poésie, vraiment très grande. Il sonne comme du Rimbaud, éclat, lumière, couleurs, fracas. Nous n’écrirons pas un livre à deux, je ne vois pas comment j’interférerais dans cette affaire, L’horreur du vide, c’est son histoire et l’écriture, c’est le monde du chacun pour soi. « Par les vieux chemins de la Catalogne, je suis un reître, mon parachute est mon écu et mon épée. » (J.-M. M. L’horreur du vide, juillet 2006.)&lt;br/&gt;--&lt;br/&gt;Parachute. Je reviens un peu en arrière, en mai 2005, après le referendum, où nous nous retrouvons tous les deux à Rebouillon, chez Jacques, Christine est à Paris. Avec Dominique, Jeannine, Gaby, Romain, les discussions sont politiques et acharnées, mais Jean-Marc est un peu ailleurs : d’un côté, il attend le retour de sa femme cubaine pour s’installer avec elle à Montferrat et, surtout, il est devenu accro au  BASE jump. Il me parle de la catapulte avec laquelle il entend se faire lancer dans l’air et retomber, il parle de ses calculs avec Vincent, de ses démarches auprès des boîtes de sports extrêmes. Sur son ordinateur, il me montre des bouts de film de sauts tournés en Afrique du Sud. Il me montre comment on plie son parachute. Le matin, je l’entends partir vers 6 heures, pour aller s’entraîner à sauter dans le Verdon, enchaîner les réflexes pour ouvrir le parachute, le plus tard possible, à une très courte distance du sol. C’est très dangereux, comme tout ce qu’aime Jean-Marc. Je me dis chaque jour, « Pourvu qu’il revienne à midi. » Et chaque jour, il revient, avec  des provisions, des légumes, des saucissons, des fromages. Il mange et rit toujours. Mais sa vie s’est comme enroulée autour de la catapulte et de son parachute. Naître à chaque saut. Renaître, et renaître, et renaître encore. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Le film que Luc a fait sur lui le montre à peu après à cette époque, attentif, avec ses yeux vifs, toujours riant, toujours si arrangeant au milieu des énormes grues et des inévitables pépins techniques, discutant avec Vincent et les techniciens. Dans le métal de l’atelier, dans la couchette semi utérine qui va le propulser en l’air, dans le parc des grues et des camions, sorte de Jurassic Park technologique, où il risque son avenir, sa peau, son désir et son appétit, on voit qu’il porte une sacrée armure, à travers laquelle l’angoisse pourrait percer si elle n’était aussitôt terrassée par son rire. Les images filmées, en indiquant cette armure devenue sa substance, laissent deviner des ressorts inconnus, des questions invisibles. Qu’est-ce qui fait rire et courir Jean-Marc, pour fuir quoi et pour atteindre quoi ? On croit savoir, mais on ne sait pas, on sait qu’on ne sait pas, mais on sait quand même.  On n’a juste pas les mots pour le dire. &lt;br/&gt;--&lt;br/&gt;« Aussitôt que l’idée du Déluge se fut rassise….». En son honneur, j’ai relu Les Illuminations. Arthur et lui vont ensemble, à chaque ligne, à chaque page, avec leurs projets, leurs univers, leurs angoisses, leurs paysages de couleurs, leurs chambres secrètes et leur grand rire.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;XXXIII &lt;br/&gt;Mouvement&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Le mouvement de lacet sur la berge des chutes du fleuve&lt;br/&gt;Le gouffre à l’étambot&lt;br/&gt;La célérité de la rampe&lt;br/&gt;Mènent par les lumières inouïes&lt;br/&gt;Et la nouveauté chimique&lt;br/&gt;Et les voyages entourés des trombes du val&lt;br/&gt;Et du strom.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Ce sont les conquérants du monde&lt;br/&gt;Cherchant la fortune chimique personnelle&lt;br/&gt;Le sport et le confort voyagent avec eux&lt;br/&gt;Ils emportent l’éducation&lt;br/&gt;Des races, des classes et des bêtes, sur ce vaisseau&lt;br/&gt;Repos et vertige&lt;br/&gt;À la lumière diluvienne&lt;br/&gt;Aux terribles soirs d’étude.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Car de la causerie parmi ces appareils, le sang, les fleurs, le feu, les bijoux,&lt;br/&gt;Des comptes agités à ce bord fuyard,&lt;br/&gt;- on voit, roulant comme une digue au-delà de la roue hydraulique motrice,&lt;br/&gt;Monstrueux, s’éclairant sans fin, - leur stock d’études ;&lt;br/&gt;Eux chassés de l’extase harmonique,&lt;br/&gt;Et l’héroïsme de la découverte.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Aux accidents atmosphériques les plus surprenants, &lt;br/&gt;Un couple de jeunesse s’isole sur l’arche,&lt;br/&gt;- Est-ce ancienne sauvagerie qu’on pardonne ? –&lt;br/&gt;Et chante et se poste. » &lt;br/&gt;--&lt;br/&gt;Qui mieux que Rimbaud peut parler de Jean-Marc et de ses rêves de terres promises et d’espoirs démesurés. Bouger, partir, se perdre, revenir, découvrir, s’enfoncer, s’envoler.  &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Allez, j’en mets encore un petit bout pour la route, là où nous avançons en attendant vaguement de le voir apparaître au tournant. &lt;br/&gt;« […] Un envol de pigeons écarlates tonne autour de mes pensées. – Exilé ici, j’ai eu une scène où jouer les chefs-d’œuvre dramatiques de toutes les littératures. Je vous indiquerais des richesses inouïes. J’observe l’histoire des trésors que vous trouvâtes. Je vois la suite ! Ma sagesse est aussi dédaignée que le chaos. Qu’est mon néant, auprès de la stupeur qui vous attend ? […] » &lt;br/&gt;Arthur Rimbaud, Illuminations, VII, Vies&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Hélène Puiseux, octobre 2007</description>
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